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Il aura fallu attendre près de cinquante ans pour voir Michael Myers revenir hanter Haddonfield dans un jeu vidéo qui lui est entièrement consacré. Avec Halloween: The Game, IllFonic s’attaque à un monument du cinéma horrifique signé John Carpenter, avec une ambition plutôt surprenante : proposer une expérience principalement pensée pour le multijoueur… tout en offrant une véritable aventure solo. Et c’est justement cette dernière qui nous intéresse particulièrement ici. Car si le jeu a beaucoup communiqué autour de son expérience asymétrique, c’est bien son mode histoire qui risque d’attirer les fans d’Halloween peu intéressés par les affrontements en ligne. Alors, est-ce que le jeu parvient réellement à nous faire vivre la nuit où « The Shape » est devenu l’une des figures les plus emblématiques du cinéma d’horreur ?
La première bonne surprise de Halloween: The Game, c’est son approche du matériau original. Plutôt que de nous proposer une énième histoire totalement déconnectée de la mythologie, IllFonic décide de revenir aux fondations du personnage. Le mode solo nous permet d’incarner Michael Myers et de revivre plusieurs événements entourant son évasion, son retour à Haddonfield et la fameuse nuit du 31 octobre 1978. L’aventure est divisée en six chapitres, avec notamment le retour du Dr Samuel Loomis, qui accompagne notre progression à travers ses observations et ses recherches sur Michael. Et c’est probablement l’une des meilleures décisions prises par les développeurs. Car plutôt que de transformer Michael en simple tueur de jeu vidéo, Halloween: The Game cherche à conserver ce qui faisait la force du personnage de Carpenter : le mystère, l’observation et la patience.
Michael ne court pas constamment après ses victimes.
Et c’est précisément lorsque le jeu ralentit que l’expérience devient la plus intéressante.

Le principal intérêt du mode solo est évidemment de pouvoir prendre le contrôle de Michael Myers. Et il faut reconnaître que la sensation est assez particulière. On ne joue pas un soldat surpuissant ou un personnage capable de massacrer tout ce qui bouge en quelques secondes. Michael doit être utilisé comme il l’est dans le film : comme une présence inquiétante qui peut surgir de n’importe où. Le jeu nous encourage donc à explorer les environnements, observer les comportements des PNJ, choisir notre approche et préparer nos attaques. La manière dont nous décidons d’éliminer nos victimes joue d’ailleurs un rôle important dans l’expérience. On retrouve ainsi cette volonté de transformer le joueur en véritable metteur en scène du massacre. Certaines situations permettent même de reproduire des morts iconiques du film, tandis que d’autres laissent davantage de liberté au joueur. Et c’est là que le fan service fonctionne particulièrement bien.
Soyons honnêtes : si vous n’aimez pas Halloween, il sera difficile de vous convaincre avec ce jeu. En revanche, si vous êtes fan du film de 1978, Halloween: The Game fait régulièrement mouche. La direction artistique cherche clairement à retrouver l’ambiance du long-métrage original : les maisons de Haddonfield, les rues désertes, les éclairages nocturnes, les intérieurs des habitations et surtout cette impression permanente que Michael peut se trouver quelque part derrière nous. Le jeu comprend également plusieurs éléments directement inspirés du film, notamment la fameuse combinaison, le couteau de cuisine et le masque emblématique de Michael. Le travail sonore participe énormément à cette réussite. La musique, les silences et les bruitages contribuent à créer une atmosphère beaucoup plus importante que les effets gore eux-mêmes. Et c’est finalement assez logique. Halloween n’a jamais eu besoin de montrer Michael courir dans tous les sens pour faire peur. Il lui suffisait d’être là.

C’est probablement le point que j’ai le plus apprécié dans cette campagne. Halloween: The Game comprend que Michael Myers n’est pas intéressant parce qu’il tue beaucoup de monde. Il est intéressant parce qu’on ne sait jamais quand il va frapper. Le gameplay repose donc énormément sur la préparation. On observe les lieux, on repère les victimes, on cherche la meilleure manière d’approcher et on profite de l’environnement. Cette dimension donne parfois l’impression de jouer à une sorte de bac à sable horrifique. Le joueur dispose d’une certaine liberté dans la manière d’aborder les situations, ce qui permet de rejouer certains passages différemment. Et cette philosophie colle plutôt bien au personnage.
Malheureusement, tout n’est pas parfait. Et c’est ici que l’on retrouve l’un des principaux défauts du projet. Même si IllFonic présente le mode solo comme une véritable campagne, il reste fortement lié aux mécaniques pensées pour le multijoueur. Il sert notamment à apprendre à jouer Michael avant de se lancer dans les parties en ligne. Cela se ressent. Certaines séquences donnent davantage l’impression d’être là pour nous apprendre une mécanique que pour faire réellement avancer l’histoire. Le scénario aurait parfois mérité d’être plus développé, plus cinématographique et surtout plus ambitieux. On aurait aimé davantage de moments permettant de comprendre Michael, son environnement et son histoire. Mais paradoxalement, il faut aussi reconnaître qu’expliquer trop Michael aurait été une erreur. Le personnage fonctionne justement parce qu’il reste mystérieux.


La présence du Dr Loomis est donc particulièrement importante. Sa narration permet de donner un contexte aux événements sans transformer Michael en personnage bavard. C’est une bonne manière de raconter son histoire tout en conservant cette part de mystère. Le problème vient davantage de l’interprétation de certains personnages. La représentation de Laurie Strode, notamment, ne cherche pas vraiment à reproduire fidèlement Jamie Lee Curtis, et certains choix vocaux peuvent également surprendre. Pour autant, l’ensemble reste suffisamment cohérent pour fonctionner.
L’autre grande réussite du titre concerne ses environnements. Haddonfield est loin d’être un simple décor. Les maisons, les jardins, les rues et les différents bâtiments participent pleinement à l’expérience. La lumière joue notamment un rôle important. On peut se retrouver dans une rue relativement éclairée avant de pénétrer dans une maison sombre quelques secondes plus tard. Et c’est précisément dans ces changements d’ambiance que le jeu réussit à installer une certaine tension. Techniquement, le titre profite de l’Unreal Engine 5 pour proposer une représentation plutôt convaincante de Haddonfield. Tout n’est évidemment pas au niveau des grosses productions AAA, mais l’ensemble est suffisamment détaillé pour permettre au fan de reconnaître l’univers.
Malheureusement, IllFonic n’échappe pas à certains problèmes techniques. Les premiers retours font état de bugs parfois assez visibles, notamment des personnages ou objets qui peuvent se comporter étrangement, des problèmes de collisions ou encore des situations où certaines actions ne fonctionnent pas correctement. Ce n’est pas systématiquement catastrophique, mais suffisamment présent pour casser l’immersion. Et dans un jeu qui repose énormément sur l’ambiance, ce genre de problème peut rapidement devenir gênant. Voir Michael Myers traverser correctement une maison avant de constater un problème de collision quelques secondes plus tard rappelle malheureusement que nous sommes devant un jeu vidéo.Heureusement, ces problèmes sont typiquement le genre de choses susceptibles d’être corrigées par des mises à jour.
Le principal reproche que l’on pourra faire au mode solo concerne finalement sa durée et son ambition. Six chapitres, c’est suffisant pour proposer une bonne introduction à l’univers, mais pas forcément assez pour offrir une aventure solo aussi mémorable qu’un véritable jeu narratif horrifique. Et c’est là qu’il faut bien comprendre ce qu’est Halloween: The Game. Ce n’est pas un nouveau Alien: Isolation. Ce n’est pas un Resident Evil. Ce n’est pas non plus un jeu d’action solo entièrement construit autour de Michael Myers.
C’est avant tout un jeu IllFonic basé sur une licence horrifique, auquel les développeurs ont ajouté une campagne solo suffisamment développée pour que les joueurs puissent profiter de Michael sans obligatoirement passer par le multijoueur. Et finalement, c’est peut-être en acceptant cela que l’on apprécie le mieux l’expérience.

Halloween: The Game n’est pas le grand jeu solo Halloween que certains fans auraient pu espérer. Mais ce n’est pas non plus un simple bonus posé là pour justifier la présence d’un mode solo. IllFonic a réellement essayé de construire une petite aventure autour de Michael Myers, avec six chapitres, une narration assurée par le Dr Loomis, des références au film original et surtout une volonté évidente de respecter l’identité du personnage. Et ça fonctionne. Le plaisir vient moins de la profondeur du scénario que de la possibilité de devenir Michael Myers et de revivre certains moments emblématiques de la nuit d’Halloween 1978. Le jeu aurait cependant gagné à proposer davantage de variété, une réalisation plus ambitieuse et surtout une finition technique plus solide. Mais pour un fan du film original, difficile de nier le plaisir de se retrouver dans les rues de Haddonfield, masque blanc sur le visage, couteau à la main, à attendre patiemment derrière une fenêtre avant de laisser parler « The Shape ». Halloween: The Game n’est donc peut-être pas le jeu Halloween ultime. Mais il est probablement l’un des jeux les plus fidèles à l’esprit du film de Carpenter. Et rien que pour ça, le Boogeyman mérite qu’on lui laisse une chance.
Écrit par: Warmelin
Halloween John Carpenter Michael Myers
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