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Après l’année 1988 et la sortie de Mon voisin Totoro et du Tombeau des lucioles, le Studio Ghibli poursuit son aventure avec un film beaucoup plus léger en apparence, mais qui va aborder un sujet particulièrement important : grandir et devenir autonome.
En 1989, Hayao Miyazaki s’intéresse à une jeune sorcière de 13 ans qui doit quitter sa famille pour apprendre à vivre seule.
Son nom : Kiki.
Kiki la petite sorcière est adapté du roman du même nom écrit par Eiko Kadono.
Le film sort au Japon le 29 juillet 1989. Hayao Miyazaki en assure la réalisation, le scénario et la production. Joe Hisaishi compose la musique et Isao Takahata assure la direction musicale. Le film dure environ 102 minutes.
Selon la tradition présentée dans le film, une jeune sorcière doit, à l’âge de 13 ans, partir de chez elle pendant une année afin de commencer son apprentissage dans une nouvelle ville.
Kiki choisit donc une ville située près de la mer.
Elle enfourche son balai, prend son chat noir Jiji avec elle et quitte ses parents.
Pour la première fois, elle va devoir se débrouiller seule.
Kiki arrive dans une grande ville qu’elle ne connaît absolument pas.
Au début, tout semble merveilleux.
Mais la réalité est rapidement différente.
Elle doit trouver un endroit où dormir, gagner sa vie et surtout trouver sa place dans cette nouvelle société.
Elle finit par rencontrer Osono, une boulangère enceinte qui accepte de l’héberger.
C’est grâce à elle que Kiki va progressivement construire sa nouvelle vie.
Et c’est justement là que son idée va naître.
Kiki possède une capacité particulière : elle sait voler sur un balai.
Elle décide donc d’utiliser son talent pour créer son propre petit service de livraison.
Elle commence ainsi à transporter différents objets pour les habitants de la ville.
Ce qui pourrait sembler être un simple détail devient finalement le cœur du film.
Kiki doit apprendre à travailler, à gérer ses responsabilités, à rencontrer des clients et à faire face aux imprévus.
Elle découvre surtout que devenir indépendante n’est pas aussi simple qu’elle l’imaginait.
Impossible de parler de Kiki sans parler de Jiji.
Son petit chat noir l’accompagne depuis son départ.
Jiji apporte énormément d’humour au film, mais il représente également un élément important de la vie de Kiki.
Au fur et à mesure que Kiki grandit et change, sa relation avec Jiji évolue elle aussi.
Cette évolution est volontairement subtile et participe à l’un des thèmes du film : le passage de l’enfance vers l’adolescence.
Kiki fait également la connaissance de Tombo, un garçon passionné d’aviation.
Il est immédiatement fasciné par la capacité de Kiki à voler.
Mais leur première rencontre est loin d’être parfaite.
Tombo peut parfois se montrer maladroit et insistant, tandis que Kiki ne sait pas vraiment comment réagir face à lui.
Pourtant, leur relation va progressivement évoluer.
Kiki découvre ainsi qu’en quittant sa famille, elle doit également apprendre à se faire de nouveaux amis.
C’est là que Kiki la petite sorcière devient beaucoup plus intéressant qu’un simple film racontant les aventures d’une jeune sorcière.
Kiki commence à douter d’elle-même.
Elle rencontre des difficultés.
Elle se fatigue.
Elle se sent parfois seule.
Et surtout, elle finit par perdre temporairement sa capacité à voler.
Pour une jeune sorcière dont le principal talent est justement de voler, la situation est particulièrement inquiétante.
Mais Miyazaki ne présente pas cette perte comme une simple aventure fantastique.
Elle symbolise également le doute que l’on peut ressentir lorsqu’on grandit et qu’on ne sait plus exactement quelle direction prendre.
Avec Kiki la petite sorcière, Miyazaki abandonne en partie la grande aventure fantastique de Nausicaä ou du Château dans le ciel.
Il s’intéresse davantage au quotidien.
Kiki fait ses courses.
Elle travaille.
Elle rencontre des clients.
Elle se promène dans la ville.
Elle se fait des amis.
Elle connaît des moments de joie mais aussi des périodes de solitude.
Le fantastique existe toujours, mais il devient presque naturel.
La magie fait partie de la vie quotidienne de Kiki.
Joe Hisaishi compose une nouvelle fois la musique du film.
Mais Kiki la petite sorcière possède également deux chansons particulièrement importantes.
Le générique d’ouverture utilise « Rouge no Dengon », interprété par Yumi Arai, tandis que le générique de fin reprend « Yasashisa ni Tsutsumareta Nara », également interprété par Yumi Arai. Le Studio Ghibli crédite officiellement Arai pour les chansons du film.
Ces chansons contribuent énormément à l’atmosphère du film et sont devenues indissociables de son identité.
Avec Kiki la petite sorcière, Ghibli va franchir une étape décisive.
Le film devient le premier véritable grand succès commercial du studio.
Selon l’historique officiel de Ghibli, environ 2,64 millions de spectateurs se rendent au cinéma pour voir le film, ce qui en fait le plus grand succès du cinéma japonais en 1989.
Pour un studio encore jeune, c’est considérable.
Après Le Château dans le ciel, puis les deux films de 1988, Ghibli démontre désormais qu’il peut produire des œuvres artistiques tout en rencontrant un immense succès auprès du public.
Le succès de Kiki la petite sorcière va également provoquer une réflexion importante sur le fonctionnement même du studio.
Jusqu’alors, les animateurs étaient notamment rémunérés selon un système lié à la quantité de travail produit.
Mais le succès de Kiki permet à Ghibli d’envisager une nouvelle organisation.
En novembre 1989, le studio commence notamment à transformer son fonctionnement en faisant de ses employés des salariés permanents et en mettant en place un système de recrutement et de formation de nouveaux animateurs.
C’est une étape essentielle.
Ghibli ne veut plus simplement être un studio créé pour produire quelques films.
Il commence progressivement à construire une véritable équipe permanente.
Ce qui fait la force de Kiki la petite sorcière, c’est finalement son sujet très universel.
Même sans être une sorcière, chacun peut comprendre ce que ressent Kiki.
Quitter son environnement habituel.
Découvrir un nouvel endroit.
Chercher sa voie.
Faire des rencontres.
Connaître des périodes de doute.
Et apprendre à avoir confiance en soi.
La magie sert finalement de métaphore à quelque chose de très humain.
Kiki la petite sorcière est un film beaucoup plus doux que les précédentes œuvres de notre rétrospective.
Mais derrière ses couleurs, son humour et ses personnages attachants, il raconte une étape importante de la vie : le moment où l’on commence réellement à devenir indépendant.
Kiki n’est pas une héroïne qui doit sauver le monde.
Elle doit simplement apprendre à vivre.
Et c’est probablement pour cette raison que son histoire continue de fonctionner plusieurs décennies après sa sortie.
Avec ce film, Ghibli connaît son premier immense succès commercial et commence également à modifier profondément son organisation. Le studio entre alors dans une nouvelle période de son histoire.
Et l’aventure est loin d’être terminée.
Écrit par: animix
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