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En 1988, le Studio Ghibli réalise un pari particulièrement audacieux.
Le jeune studio décide de sortir deux longs-métrages le même jour, le 16 avril 1988 : Mon voisin Totoro, réalisé par Hayao Miyazaki, et Le Tombeau des lucioles, réalisé par Isao Takahata.
Deux films totalement différents.
L’un raconte l’enfance, la nature et la magie.
L’autre nous plonge dans l’une des périodes les plus sombres de l’histoire du Japon.
Et pourtant, ces deux œuvres vont devenir indissociables dans l’histoire du studio.
Le Tombeau des lucioles (Hotaru no Haka) est adapté de la nouvelle semi-autobiographique de Akiyuki Nosaka, publiée en 1967.
L’histoire se déroule au Japon, à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Nous suivons Seita, un adolescent, et sa petite sœur Setsuko.
Après un bombardement, les deux enfants se retrouvent séparés de leur mère et doivent essayer de survivre dans un pays ravagé par la guerre.
Ils n’ont pratiquement plus rien.
Pas de maison.
Plus de sécurité.
Et bientôt, presque plus de nourriture.
Le film repose essentiellement sur la relation entre le frère et la sœur.
Seita essaie de protéger Setsuko du mieux qu’il peut.
La petite fille, elle, reste une enfant qui ne comprend pas toujours la gravité de la situation.
Elle joue.
Elle pose des questions.
Elle cherche simplement à vivre normalement.
Cette innocence rend certaines scènes particulièrement difficiles à regarder.
Takahata ne transforme pourtant jamais Setsuko en simple personnage destiné à provoquer la tristesse.
Elle reste une véritable enfant, avec ses réactions, ses jeux et son imagination.
Et c’est justement ce contraste avec la réalité de la guerre qui rend le film aussi puissant.
L’une des particularités du film est de ne pas raconter la guerre à travers les soldats ou les grandes batailles.
Takahata s’intéresse aux civils.
Les bombardements.
Les pénuries.
Les maisons détruites.
La faim.
Les déplacements de population.
La peur.
Le film montre ainsi les conséquences de la guerre sur ceux qui n’ont aucun contrôle sur les événements.
Et contrairement à beaucoup de films de guerre, il n’y a pas réellement de héros qui pourrait venir résoudre la situation.
Seita et Setsuko sont simplement deux enfants qui tentent de survivre.
Le titre du film fait référence aux lucioles, qui apparaissent à plusieurs moments de l’histoire.
Elles représentent à la fois la beauté et la fragilité.
Leur lumière est magnifique, mais elle ne dure pas.
Cette image devient progressivement l’un des symboles les plus importants du film.
La lumière des lucioles contraste avec l’obscurité de la guerre.
Et cette opposition entre beauté et tragédie accompagne toute l’histoire.
La musique est composée par Michio Mamiya.
Contrairement à certaines grandes productions de Ghibli accompagnées par de nombreux thèmes orchestraux, la bande sonore reste relativement sobre.
Elle accompagne les émotions sans chercher à les imposer.
Takahata laisse également une grande place aux bruits du quotidien et aux silences.
Les bombardements, les pas, les insectes, les voix…
Tout cela participe à donner au film une atmosphère particulièrement réaliste.
Visuellement, Le Tombeau des lucioles est très différent des films de Miyazaki.
Takahata cherche avant tout à rendre crédible le quotidien des personnages.
Les décors du Japon de l’époque sont minutieusement représentés.
Mais l’animation sait également devenir plus douce lorsqu’elle accompagne les souvenirs et l’imagination de Setsuko.
Cette alternance entre réalisme et moments plus poétiques permet au film de conserver une dimension profondément humaine.
Il faut le dire : Le Tombeau des lucioles n’est pas un film facile.
Même s’il est animé, ce n’est absolument pas une œuvre destinée uniquement aux enfants.
Takahata montre la guerre sans la rendre spectaculaire.
Il montre surtout ce qu’elle fait aux personnes qui la subissent.
La faim devient progressivement l’un des éléments centraux du récit.
Et plus l’histoire avance, plus le spectateur comprend que les possibilités de survie de Seita et Setsuko se réduisent.
Le film refuse donc de transformer cette histoire en aventure avec un happy end.
Le film est également intéressant pour comprendre le Japon de l’après-guerre.
Takahata raconte une période qu’il a lui-même connue lorsqu’il était enfant.
Il avait été marqué par les bombardements et par les conséquences de la guerre.
Cette dimension personnelle donne au film une force particulière.
Mais Le Tombeau des lucioles ne cherche pas simplement à raconter les souvenirs de son réalisateur.
Il montre également les conséquences humaines d’une guerre sur une population entière.
À sa sortie en 1988, le film reçoit plusieurs distinctions au Japon.
Il remporte notamment le prix spécial du jury aux Blue Ribbon Awards et le prix du meilleur film d’animation aux Mainichi Film Awards.
Au fil des années, sa réputation va continuer à grandir au Japon comme à l’étranger.
Aujourd’hui, il est régulièrement considéré comme l’une des œuvres majeures du cinéma d’animation japonais.
Quand on pense au Studio Ghibli, on imagine souvent Totoro, les paysages fantastiques, les créatures extraordinaires ou les grandes aventures.
Le Tombeau des lucioles rappelle que le studio ne s’est jamais limité à cela.
Avec Takahata, Ghibli pouvait aussi raconter des histoires historiques, réalistes et profondément dramatiques.
Et c’est probablement ce qui rend cette double sortie de 1988 si particulière.
Totoro et Seita sont presque aux antipodes.
L’un nous fait retrouver la magie de l’enfance.
L’autre nous rappelle que l’enfance peut également être confrontée aux pires réalités.
Le Tombeau des lucioles est une œuvre extrêmement dure, mais justement importante dans l’histoire de Ghibli.
Takahata ne cherche pas à faire pleurer artificiellement le spectateur. Il raconte simplement le quotidien de deux enfants pris dans une situation qui les dépasse.
Et c’est cette simplicité qui rend le film aussi bouleversant.
Ce n’est pas une histoire de guerre racontée à travers les grandes batailles.
C’est l’histoire de deux enfants qui essaient simplement de survivre à une guerre qu’ils n’ont pas choisie.
Avec Mon voisin Totoro et Le Tombeau des lucioles, 1988 devient donc une année fondatrice pour le Studio Ghibli.
Écrit par: animix
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