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Après le monumental Princesse Mononoké, le Studio Ghibli aurait pu continuer sur cette lancée avec une nouvelle grande aventure.
Mais en 1999, Isao Takahata décide de faire exactement l’inverse.
Pas de forêt magique.
Pas de princesse guerrière.
Pas de grande quête.
Cette fois, Ghibli nous invite simplement dans la vie quotidienne d’une famille japonaise.
Et le résultat s’appelle Mes voisins les Yamada.
Le film sort au Japon le 17 juillet 1999, dure environ 104 minutes et est réalisé et scénarisé par Isao Takahata. Il est adapté du manga en quatre cases de Hisaichi Ishii.
La famille Yamada est composée de :
Takashi, le père ;
Matsuko, la mère ;
Shige, la grand-mère ;
Noboru, leur fils adolescent ;
Nonoko, leur jeune fille ;
et Pochi, le chien de la famille.
Sur le papier, rien d’extraordinaire.
Ce sont simplement des gens qui vivent ensemble.
Ils travaillent, mangent, se disputent, regardent la télévision, vont faire les courses et essaient tant bien que mal de s’entendre.
Et c’est justement là que Takahata trouve son sujet.
Si vous cherchez une intrigue avec un début, un grand conflit et une conclusion spectaculaire…
Ce n’est pas vraiment ce que propose Mes voisins les Yamada.
Le film est construit comme une succession de petites histoires et de scènes de la vie quotidienne.
Une dispute familiale peut durer quelques minutes.
Une sortie en famille peut tourner au chaos.
Un problème banal peut devenir complètement absurde.
Puis l’épisode suivant commence.
Le film fonctionne donc davantage comme une collection de souvenirs familiaux que comme une grande aventure continue.
Les Yamada ne sont pas une famille modèle.
Et c’est justement ce qui les rend attachants.
Takashi aimerait parfois être davantage respecté comme le père de famille.
Matsuko n’est pas exactement la reine de l’organisation domestique.
Noboru traverse cette période où avoir des parents est probablement la chose la plus embarrassante au monde.
Nonoko, elle, est encore une enfant et vit les événements avec beaucoup plus de spontanéité.
Quant à Shige, la grand-mère, elle n’hésite jamais à donner son opinion.
Shige est probablement l’un des personnages les plus amusants.
Elle observe sa famille avec un regard parfois très critique.
Elle représente aussi une génération plus ancienne, avec une vision différente de la famille et de la société.
Mais derrière ses remarques parfois mordantes se cache évidemment une véritable affection pour les siens.
Noboru représente quant à lui l’adolescence.
Et le film joue énormément sur une situation que beaucoup de personnes peuvent reconnaître :
Pour Noboru, ses parents ne sont évidemment jamais assez cool.
Il aimerait davantage d’indépendance.
Mais comme tous les adolescents, il dépend encore largement de sa famille.
Takahata se moque gentiment de cette période de transition entre l’enfance et l’âge adulte.
Nonoko apporte une énergie complètement différente.
Elle est encore petite et ne possède pas toujours la même vision des problèmes que les adultes.
Certaines situations deviennent donc particulièrement drôles lorsqu’elles sont vues à travers ses yeux.
Elle représente également cette période où les enfants peuvent transformer un événement complètement banal en véritable aventure.
Et là, Mes voisins les Yamada devient vraiment particulier.
Après Princesse Mononoké, qui était rempli de détails et de paysages impressionnants, Takahata choisit une esthétique extrêmement dépouillée.
Les personnages ressemblent presque à des dessins réalisés à l’aquarelle.
Les contours sont simples.
Les décors peuvent presque disparaître.
Les couleurs sont douces.
L’ensemble ressemble davantage à un album illustré ou à une bande dessinée animée qu’à un film Ghibli traditionnel.
Ce choix est totalement volontaire.
Takahata voulait conserver l’esprit graphique du manga original tout en expérimentant une nouvelle manière de faire de l’animation. Le film est notamment connu pour avoir été la première production Ghibli entièrement réalisée avec des techniques numériques, tout en cherchant à reproduire l’apparence de l’aquarelle.
C’est une étape importante dans l’histoire du studio.
Mais attention : cela ne signifie pas que Takahata voulait faire un film « numérique » au sens moderne du terme.
Au contraire.
Il utilise les nouvelles techniques pour donner l’impression d’un dessin traditionnel.
C’est assez paradoxal :
Et le résultat est particulièrement original.
Pour accompagner cette ambiance légère et décalée, Takahata fait appel à Akiko Yano.
Elle signe la musique ainsi que la chanson du film.
La bande sonore possède un ton beaucoup plus ludique que les grandes partitions orchestrales auxquelles Ghibli nous avait habitués.
Cela correspond parfaitement à l’esprit du film.
Mes voisins les Yamada n’est pas seulement une comédie.
Le film parle également de quelque chose de beaucoup plus simple :
Une famille peut être fatigante.
Elle peut nous énerver.
On peut se disputer.
On peut ne pas être d’accord.
On peut parfois avoir envie de partir très loin.
Mais malgré tout…
C’est cette idée qui donne au film son véritable cœur.
C’est probablement ce qui peut dérouter au premier visionnage.
On attend parfois qu’il se passe « quelque chose ».
Mais le film nous dit justement que les petites choses sont importantes.
Un repas.
Une dispute.
Une sortie.
Une conversation.
Une journée ordinaire.
Un moment embarrassant.
Tous ces souvenirs finissent par former une vie.
Le film devient alors presque une photographie animée de la vie familiale japonaise de la fin des années 1990.
Après les grandes questions écologiques de Princesse Mononoké, Takahata revient donc à une société beaucoup plus quotidienne.
On découvre le Japon à travers :
la famille ;
le travail ;
l’école ;
les courses ;
la télévision ;
les relations entre générations ;
les petites habitudes domestiques.
Il n’y a pas besoin de magie.
Le quotidien suffit.
Mes voisins les Yamada est probablement l’un des films les plus atypiques de toute la filmographie Ghibli.
Et c’est peut-être aussi l’un de ceux qui peuvent le plus surprendre.
Visuellement, il est complètement différent de Mononoké.
Narrativement, il est également à part.
Mais une fois que l’on accepte son fonctionnement, le film devient particulièrement attachant.
Ce n’est pas un film que l’on regarde pour connaître la suite d’une grande aventure.
On le regarde pour passer du temps avec cette famille.
Et c’est finalement assez malin.
Parce qu’au fil des petites histoires, on finit par s’attacher aux Yamada comme si on les connaissait.
Mes voisins les Yamada prouve surtout une chose :
Après Princesse Mononoké, le studio aurait pu chercher à reproduire le même type de succès.
Takahata choisit au contraire de prendre une direction complètement différente.
Et même si le film est moins connu du grand public que Totoro, Chihiro ou Mononoké, il possède une vraie personnalité.
C’est une œuvre drôle, tendre, parfois absurde et surtout très humaine.
Écrit par: animix
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