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Après Mes voisins les Yamada, le Studio Ghibli revient en 2001 avec un film qui va devenir l’une des œuvres les plus célèbres de l’histoire de l’animation.
Le Voyage de Chihiro, réalisé par Hayao Miyazaki, sort au Japon le 20 juillet 2001. Il dure environ 125 minutes et est produit par Toshio Suzuki, avec une musique composée par Joe Hisaishi.
En France, le film arrive au cinéma le 10 avril 2002.
Et cette fois, Ghibli va véritablement changer de dimension.
Au début du film, Chihiro, une petite fille de dix ans, déménage avec ses parents.
Elle n’est pas vraiment heureuse de quitter son ancienne vie.
Sur la route, ses parents prennent une mauvaise direction et découvrent un mystérieux tunnel.
De l’autre côté se trouve une étrange ville apparemment abandonnée.
Ses parents découvrent alors un restaurant rempli de nourriture.
Et malgré l’absence de propriétaire, ils commencent à manger.
Chihiro, elle, reste méfiante.
Elle a raison.
Car lorsque la nuit tombe…
Les parents de Chihiro sont transformés en cochons.
La petite fille se retrouve alors seule dans un monde peuplé d’esprits et de créatures mystérieuses.
Pire encore : elle commence progressivement à devenir transparente.
Elle risque de disparaître de ce monde.
C’est à ce moment qu’elle rencontre Haku.
Le mystérieux garçon lui explique les règles de cet univers et lui indique comment survivre.
Pour rester dans ce monde et sauver ses parents, Chihiro va devoir travailler.
Chihiro arrive dans un immense établissement dirigé par une sorcière appelée Yubaba.
Il s’agit d’une gigantesque maison de bains destinée aux dieux et aux esprits.
Yubaba accepte de donner du travail à Chihiro.
Mais elle lui prend son nom.
La petite fille devient alors Sen.
Et ce détail est extrêmement important.
Car dans le monde de Yubaba, oublier son véritable nom signifie progressivement oublier qui l’on est.
Derrière son aventure fantastique, Le Voyage de Chihiro raconte avant tout une histoire de transformation.
Au début, Chihiro est une petite fille inquiète, dépendante de ses parents et qui ne comprend pas ce qui lui arrive.
Mais elle n’a pas le choix.
Elle doit apprendre à se débrouiller seule.
Elle doit travailler.
Elle doit parler aux autres.
Elle doit surmonter sa peur.
Et surtout :
Le monde des esprits devient ainsi une sorte de passage entre l’enfance et une nouvelle forme de maturité.
L’une des grandes forces du film est son incroyable galerie de personnages.
Le mystérieux garçon qui aide Chihiro.
Il connaît les règles du monde des esprits et semble avoir un lien très particulier avec elle.
La sorcière qui dirige les bains.
Elle est autoritaire, cupide et redoutable, mais le film montre également une autre facette de sa personnalité.
La sœur jumelle de Yubaba.
Elle permet notamment au film de montrer qu’une même personne peut avoir plusieurs facettes.
L’étrange personnage qui travaille dans les chaudières.
Malgré son apparence impressionnante, il va aider Chihiro.
Impossible évidemment de parler du film sans lui.
Le Sans-Visage est l’un des personnages les plus mystérieux de Ghibli.
Silencieux, solitaire et capable d’absorber ce qui l’entoure, il devient progressivement incontrôlable lorsqu’il est exposé à la cupidité et aux excès du monde des bains.
Il pourrait facilement être présenté comme le « méchant » du film.
Mais ce serait trop simple.
Le Sans-Visage semble surtout être une créature vide, qui cherche quelque chose à quoi s’accrocher.
Il imite les comportements des autres.
Il donne de l’or parce qu’il comprend que cela permet d’obtenir l’attention.
Puis il devient de plus en plus gourmand.
Miyazaki utilise ainsi ce personnage pour parler indirectement de la consommation, de la solitude et de la cupidité.
Le film possède également une dimension écologique.
L’une des scènes les plus célèbres montre Chihiro participant au nettoyage d’un esprit extrêmement sale.
Ce qui ressemble d’abord à un esprit répugnant se révèle finalement être l’esprit d’une rivière polluée.
Des déchets et des objets abandonnés se sont accumulés dans son corps.
Cette scène est particulièrement importante dans le film.
Elle montre que derrière le fantastique se cache également une réflexion sur la pollution et notre rapport à la nature.
La nourriture occupe également une place très importante.
Tout commence avec les parents de Chihiro qui mangent sans se poser de questions.
Ils veulent profiter de ce qu’ils trouvent.
Et cette gourmandise entraîne leur transformation.
Plus tard, l’or du Sans-Visage provoque lui aussi des comportements excessifs.
Le film montre donc régulièrement une société dans laquelle posséder et consommer davantage ne rend pas nécessairement heureux.
Et puis il y a cette scène.
Le train.
Chihiro traverse un paysage presque entièrement recouvert d’eau.
Le trajet est calme.
Silencieux.
Mélancolique.
Il ne se passe presque rien.
Et pourtant, cette séquence est devenue l’une des plus célèbres du film.
C’est typiquement le genre de moment où Miyazaki montre qu’un film d’animation n’a pas besoin d’être constamment spectaculaire.
Parfois, il suffit simplement de laisser respirer l’histoire.
La musique est composée par Joe Hisaishi.
Et elle joue un rôle immense dans l’atmosphère du film.
Le thème principal, associé aux moments les plus contemplatifs de Chihiro, accompagne parfaitement cette impression de voyage entre deux mondes.
La musique sait être magique sans être constamment grandiose.
Elle peut être triste, douce, inquiétante ou simplement paisible.
Et elle contribue énormément à l’identité du film.
Visuellement, Le Voyage de Chihiro représente également une étape majeure pour Ghibli.
Les bains de Yubaba fourmillent de détails.
Chaque personnage semble avoir sa propre manière de bouger.
Les décors changent constamment.
Le monde des esprits paraît immense.
Et surtout, Miyazaki réussit à créer un univers qui semble posséder ses propres règles sans jamais tout expliquer au spectateur.
On découvre cet univers en même temps que Chihiro.
Et le film va connaître une destinée exceptionnelle.
Le Voyage de Chihiro devient un immense succès au Japon et est présenté comme le plus grand succès du cinéma japonais pendant de nombreuses années. La Cinémathèque française rappelle également ses récompenses majeures : Ours d’or à Berlin en 2002 et Oscar du meilleur film d’animation en 2003.
Le film permet également à Miyazaki et au Studio Ghibli de toucher un public international beaucoup plus large.
Ghibli n’est plus seulement un studio japonais admiré par les passionnés d’animation.
Ce qui est également remarquable, c’est que Chihiro n’est pas une héroïne traditionnelle.
Elle n’est pas particulièrement forte.
Elle ne possède pas de pouvoirs extraordinaires.
Elle ne sait pas se battre.
Elle a peur.
Elle pleure.
Elle hésite.
Mais elle continue.
Et c’est justement cela qui fait sa force.
Son courage ne vient pas de pouvoirs magiques.
Le Voyage de Chihiro est probablement l’un des films les plus importants de notre rétrospective jusqu’ici.
Il reprend énormément de choses que Miyazaki aime explorer :
la nature, l’enfance, la consommation, les esprits, la famille, le passage vers l’âge adulte…
Mais tout est réuni dans un univers extrêmement cohérent.
Et surtout, le film fonctionne à plusieurs niveaux.
Un enfant peut simplement y voir une incroyable aventure fantastique.
Un adolescent peut y voir l’histoire d’une jeune fille qui grandit.
Et un adulte peut y retrouver des réflexions sur le travail, l’argent, la consommation, la solitude ou encore la perte d’identité.
C’est probablement pour cette raison que le film continue de fonctionner aussi bien des années après sa sortie.
Après Princesse Mononoké, Miyazaki aurait pu chercher à reproduire le même type de grande fresque.
Il fait exactement l’inverse.
Il crée un monde encore plus étrange.
Plus mystérieux.
Plus difficile à expliquer.
Et il place au centre une petite fille ordinaire.
C’est ce mélange entre simplicité du personnage et richesse de l’univers qui rend le film si particulier.
C’est devenu un classique de l’animation mondiale.
Écrit par: animix
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