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Après Je peux entendre l’océan, le Studio Ghibli revient au cinéma avec une œuvre beaucoup plus ambitieuse.
En 1994, Isao Takahata nous emmène dans les forêts japonaises, où vivent des créatures légendaires capables de se transformer à volonté.
Ces créatures sont les tanukis.
Et leur problème est plutôt sérieux : leur territoire est progressivement détruit par l’expansion des villes.
Pompoko (Heisei Tanuki Gassen Ponpoko) sort au Japon le 16 juillet 1994.
Isao Takahata en signe à la fois le scénario et la réalisation. Hayao Miyazaki participe au projet en tant que responsable de la conception, tandis que Toshio Suzuki assure la production.
L’histoire se déroule dans les environs de Tokyo, où d’immenses projets d’urbanisation transforment progressivement les paysages.
Les forêts disparaissent.
Les collines sont rasées.
Les routes et les habitations progressent.
Pour les humains, il s’agit du développement de la ville.
Pour les tanukis, c’est tout simplement la disparition de leur habitat.
Les tanukis possèdent une particularité extraordinaire.
Selon le folklore japonais, ils sont capables de prendre différentes apparences.
Dans Pompoko, Takahata utilise cette capacité pour créer énormément de situations comiques.
Les tanukis peuvent se transformer en humains, en objets ou en différentes créatures.
Mais leur pouvoir n’est pas seulement utilisé pour faire rire.
Il devient leur principal moyen de résistance.
Face aux humains qui détruisent leur environnement, les tanukis vont essayer différentes stratégies pour récupérer leur territoire.
Les tanukis commencent donc à organiser leur résistance.
Certains veulent effrayer les humains.
D’autres souhaitent provoquer des accidents.
D’autres encore préfèrent apprendre à vivre dans le nouveau monde qui apparaît autour d’eux.
Rapidement, les tanukis comprennent cependant qu’ils sont confrontés à un problème beaucoup plus important qu’ils ne l’imaginaient.
Les humains sont beaucoup trop nombreux et les travaux avancent inexorablement.
C’est ici que Pompoko devient beaucoup plus sérieux.
Le film s’inspire directement de la transformation des paysages japonais pendant la période de forte croissance économique.
Les anciennes zones rurales proches de Tokyo sont progressivement remplacées par des quartiers résidentiels.
Takahata montre donc quelque chose de très concret :
la disparition progressive des espaces naturels au profit de l’urbanisation.
Et contrairement à une histoire classique où les animaux gagneraient forcément à la fin, Pompoko refuse une solution aussi simple.
Malgré son sujet écologique, Pompoko est loin d’être constamment dramatique.
Takahata utilise énormément l’humour.
Les transformations des tanukis permettent notamment de créer des scènes complètement délirantes.
Le film peut passer d’une scène sérieuse à une situation complètement absurde quelques secondes plus tard.
Cette alternance est importante.
Takahata ne veut pas simplement faire un film militant sur la destruction de la nature.
Il raconte également la vie d’une communauté confrontée à un changement qu’elle ne peut pas totalement contrôler.
Les tanukis possèdent chacun leur propre personnalité.
Certains sont courageux.
Certains sont prudents.
Certains sont beaucoup plus intéressés par leur confort que par la résistance.
D’autres veulent absolument combattre les humains.
Cette diversité permet à Takahata de montrer différentes façons de réagir face au changement.
Et finalement, les tanukis ressemblent énormément aux humains.
Ils ont leurs conflits.
Leurs désaccords.
Leurs peurs.
Leurs rêves.
Et parfois leurs contradictions.
Évidemment, l’un des grands thèmes de Pompoko est la destruction de la nature.
Mais le film ne présente pas simplement les humains comme des méchants.
C’est justement ce qui le rend intéressant.
Les humains construisent des logements parce qu’ils ont eux-mêmes besoin d’habiter quelque part.
Le problème vient de l’ampleur du développement.
La question devient donc :
Takahata ne donne pas une réponse simple.
Il laisse plutôt le spectateur réfléchir aux conséquences de ces transformations.
Visuellement, Pompoko est également différent des précédents films Ghibli.
Les tanukis peuvent être représentés de différentes manières selon les situations.
Ils peuvent apparaître comme de véritables animaux, comme des personnages anthropomorphes ou sous des formes complètement fantaisistes.
Cette liberté graphique permet à Takahata de passer constamment du réalisme à la caricature.
Et cela correspond parfaitement au ton du film.
Pompoko possède également une petite place particulière dans l’histoire technique du studio.
Ghibli utilise pour la première fois de la CGI dans un de ses films, mais de manière extrêmement limitée : seulement trois plans sont concernés.
C’est encore très loin des productions numériques modernes.
Mais cette expérience marque le début d’une évolution qui va progressivement prendre de l’importance au sein du studio.
Le site officiel de Ghibli indique d’ailleurs que cette première expérience contribuera par la suite à la création du service CG du studio en 1995.
La musique et la chanson principale sont confiées au groupe japonais Shang Shang Typhoon (Shang Shang Taifū).
Leur musique donne au film une identité très particulière et accompagne parfaitement les scènes de fête et les moments de rassemblement des tanukis.
La chanson principale participe également à l’atmosphère très populaire et folklorique du film.
Le film connaît un très grand succès au Japon.
Selon l’histoire officielle de Ghibli, Pompoko devient le film japonais ayant réalisé le plus grand nombre d’entrées en 1994.
Le studio souligne également que le film a été réalisé en grande partie par les jeunes animateurs formés au sein de Ghibli après Souvenirs goutte à goutte.
C’est donc à la fois un succès commercial et une nouvelle étape dans le développement du studio.
À première vue, Pompoko pourrait sembler être une grande comédie mettant en scène des animaux capables de se transformer.
Mais derrière cet humour se cache une histoire beaucoup plus profonde.
Le film parle de la disparition d’un monde.
Les tanukis doivent accepter que leur environnement ne sera plus jamais exactement comme avant.
Certains cherchent à résister.
D’autres s’adaptent.
Et certains essaient simplement de survivre.
C’est finalement une réflexion sur le changement et sur notre rapport à la nature.
Pompoko est probablement l’un des films les plus originaux de notre rétrospective jusqu’ici.
Il peut être drôle, absurde, touchant et parfois même assez triste.
Mais surtout, il refuse de présenter son histoire en noir et blanc.
Les humains ne sont pas simplement les méchants.
Les tanukis ne sont pas toujours les gentils.
Tout le monde essaie simplement de vivre dans un monde qui change.
Et c’est justement cette complexité qui fait la force du film.
Avec Pompoko, Isao Takahata réussit donc à faire une comédie fantastique sur les tanukis qui devient progressivement une réflexion sur l’urbanisation, la disparition des espaces naturels et la difficulté de préserver un monde qui change.
Écrit par: animix
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