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Avant les plateformes de streaming, avant YouTube et bien avant les chaînes entièrement consacrées à l’animation, il existait un rendez-vous que de nombreux enfants attendaient avec impatience le dimanche soir : Ça Cartoon.
Lancée le 16 février 1986 sur Canal+, l’émission allait devenir pendant plus de vingt ans l’un des rendez-vous les plus emblématiques consacrés aux dessins animés. Sa particularité ? Malgré Canal+, chaîne principalement accessible aux abonnés, Ça Cartoon était diffusée en clair et pouvait donc être regardée gratuitement.
À ses débuts, le concept était relativement simple, mais particulièrement efficace : proposer une sélection de grands cartoons américains issus notamment des studios Warner Bros., MGM et Walter Lantz.
Et le programme avait de quoi faire rêver les amateurs d’animation.
Bugs Bunny.
Daffy Duck.
Titi et Grosminet.
Bip Bip et le Coyote.
Woody Woodpecker.
Tom et Jerry.
Mais Ça Cartoon n’était pas simplement une succession de dessins animés.
C’est là que l’émission allait trouver toute sa personnalité.
Aux commandes, on retrouvait Philippe Dana, qui allait rester associé à l’émission pendant toute son existence. Au début, il présentait les cartoons dans un décor rappelant une véritable salle de cinéma. L’idée était de donner au programme une ambiance de séance de cinéma du dimanche soir.
Et pour renforcer cette ambiance, Dominique Farrugia faisait alors ses débuts à la télévision dans le rôle d’un projectionniste muet.
Philippe Dana devenait ainsi le maître de cérémonie d’une véritable séance de cartoons.
Le principe était particulièrement original pour l’époque : les dessins animés étaient présentés comme de véritables œuvres cinématographiques, avec un animateur qui les introduisait et interagissait progressivement avec l’univers des Toons.
Cette formule va rapidement rencontrer son public.
Le rendez-vous du dimanche soir devient incontournable et Ça Cartoon va même recevoir à plusieurs reprises le 7 d’Or de la meilleure émission pour la jeunesse, notamment en 1989, 1994, 1995 et 2003.
À partir de 1991, Canal+ tente même une nouvelle formule avec une version quotidienne plus courte de Ça Cartoon. Philippe Dana partage alors la présentation avec Valérie Payet, qui quittera finalement l’émission en 1994 pour rejoindre Nulle part ailleurs.
Ça Cartoon reste cependant avant tout associé à son grand rendez-vous du dimanche soir.
Et cette case était assez particulière.
Alors que beaucoup d’émissions jeunesse étaient programmées le mercredi matin ou le samedi, Canal+ avait choisi de placer ses cartoons le dimanche vers 19h30, juste avant la reprise de l’école.
Pour beaucoup d’enfants, c’était donc presque le dernier plaisir du week-end.
On savait que le lundi approchait.
Il fallait retourner à l’école.
Mais avant cela, il y avait Ça Cartoon.
Pendant une heure, les Toons venaient faire oublier que les vacances étaient terminées.
Au fil des années, l’émission va également évoluer visuellement.
Les personnages des Looney Tunes vont progressivement devenir de véritables compagnons de Philippe Dana. Jusqu’en 2000, ils apparaissent notamment à ses côtés sans réellement interagir avec lui. Puis leur présence devient beaucoup plus importante dans les sketches et la présentation.
En 2002, une nouvelle animatrice rejoint l’aventure : Ludivine Laveine.
Elle accompagnera Philippe Dana jusqu’à la fin de l’émission.
Mais en 2005, nouveau changement important.
Les Looney Tunes quittent progressivement leur rôle de personnages récurrents de l’émission et sont remplacés par deux nouveaux personnages : Georges l’âne et Alfred le busard.
Ces deux personnages vont alors accompagner Philippe Dana et Ludivine Laveine jusqu’à la disparition du programme.
Et puis arrive la fin.
Après plus de deux décennies d’existence, Ça Cartoon quitte progressivement Canal+.
En 2008, le programme passe sur Canal+ Family, la chaîne jeunesse du groupe Canal+, tandis que Canal+ se recentre davantage sur son offre généraliste et premium. Ça Cartoon connaîtra ainsi une dernière période avant de disparaître définitivement le 29 mars 2009.
Au total, l’émission aura donc accompagné plusieurs générations pendant près de 23 ans.
23 années durant lesquelles le paysage audiovisuel aura complètement changé.
Lorsque Ça Cartoon apparaît en 1986, il n’existe pratiquement aucune chaîne française entièrement consacrée aux dessins animés.
Les enfants dépendent essentiellement des grandes chaînes généralistes.
Les programmes jeunesse sont donc de véritables rendez-vous.
Il faut attendre l’heure de diffusion.
Il faut être devant la télévision.
Et surtout, il faut regarder ce que la chaîne a décidé de programmer.
Ça Cartoon représente parfaitement cette époque.
L’émission permettait notamment de redécouvrir les grands classiques de l’animation américaine, avec des cartoons produits plusieurs décennies auparavant mais qui continuaient à fonctionner auprès des nouvelles générations.
Et c’est probablement l’une des grandes forces de l’émission.
Elle ne cherchait pas forcément à courir après les dernières nouveautés.
Elle pouvait ressortir un vieux cartoon de Bugs Bunny ou de Tom et Jerry et le présenter à une génération qui le découvrait pour la première fois.
Mais au début des années 2000, le monde de la télévision jeunesse commence à changer.
Les chaînes spécialisées se développent.
Canal J existe déjà depuis plusieurs années.
Puis arrive Gulli en 2005.
Les chaînes généralistes disposent de moins en moins de raisons de conserver de grandes émissions jeunesse traditionnelles.
Et surtout, le modèle de Ça Cartoon devient progressivement vieillissant face aux nouvelles habitudes du public.
Les enfants disposent désormais de beaucoup plus de choix.
La télévision numérique multiplie les chaînes.
Les séries d’animation sont diffusées à longueur de journée.
Et les programmes jeunesse deviennent progressivement des blocs de dessins animés plutôt que de véritables émissions avec animateurs.
Ça Cartoon représentait justement l’inverse.
C’était une émission avec une personnalité.
Une voix.
Un décor.
Des personnages.
Des sketches.
Et surtout un rendez-vous précis.
Sa disparition s’inscrit donc dans la même transformation que celle de nombreuses autres émissions jeunesse que nous avons déjà évoquées dans cette saga.
Le programme jeunesse n’a pas réellement disparu.
C’est l’émission jeunesse telle qu’on la connaissait qui a progressivement disparu.
Aujourd’hui, il suffit d’ouvrir une plateforme pour regarder immédiatement Tom et Jerry, Bugs Bunny ou n’importe quelle autre série.
Il n’est plus nécessaire d’attendre dimanche 19h30.
Et c’est justement ce qui rend Ça Cartoon aussi nostalgique.
Ce n’était pas simplement une heure de dessins animés.
C’était le rendez-vous du dimanche soir.
On savait quand ça commençait.
On savait qui allait présenter.
On connaissait les personnages.
Et on partageait le même programme avec des milliers d’autres enfants.
Ça Cartoon aura également permis à Philippe Dana de devenir indissociable de l’univers des cartoons. Pendant près de 23 ans, il aura accompagné les téléspectateurs à travers plusieurs générations de Toons.
Aujourd’hui encore, lorsque l’on évoque Ça Cartoon, beaucoup se souviennent immédiatement de son générique, de Philippe Dana et surtout de cette succession de personnages complètement déjantés.
Bugs Bunny.
Daffy Duck.
Titi.
Grosminet.
Bip Bip.
Le Coyote.
Tom et Jerry.
Tous ces personnages appartiennent désormais à une autre époque de la télévision.
Mais ils n’ont jamais vraiment disparu.
Ils continuent de vivre dans les rediffusions, sur les plateformes et surtout dans les souvenirs de ceux qui ont grandi avec eux.
Le 29 mars 2009, Ça Cartoon tirait définitivement sa révérence.
Après plus de deux décennies, la salle de cinéma de Philippe Dana fermait ses portes.
Les lumières s’éteignaient.
Le projecteur s’arrêtait.
Et les Toons quittaient leur rendez-vous du dimanche soir.
Une époque venait de se terminer.
Mais pour ceux qui ont connu cette émission, il suffit parfois d’entendre deux mots pour retourner immédiatement en enfance :
Ça Cartoon !
Écrit par: animix
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